La censure – Ce fléau d’un autre temps qui persiste à exister

CriminalGirls

Comme je le disait récemment dans un autre post, les jeux japonais sont localisés de plus en plus, même si hélas, l’occident se sent toujours obligé d’altérer le contenu des jeux qu’il édite, au grand dam des fans de la première heure.

50 nuances de (brume) rose

Les exemples ne manquent décidément pas mais pour mieux faire avancer le débat, en voici quelques uns. Dans Criminal Girls: Invite Only (PSVita), le jeu original parle de punitions des héroines, qui sont des criminelles qui doivent être  »châtiée » pour les faire revenir dans le droit chemin,  la version occidentale parle quant à elle de  »motivation ». Cette modification de la terminologie employée s’accompagne aussi de changements visuels et ainsi, les scènes de « motivation » sont plus chastes et la brume rose qui cache les parties interdites se fait plus épaisse au point parfois d’obscurcir quasiment la scène, ce qui n’aide pas vraiment à cliquer au bon endroit pour progresser. Il convient même de parler de brouillard dans ce cas de figure,  »brume » n’étant pas assez fort pour décrire avec précision la situation.

Du point de vue de l’audio, certains gémissements de plaisir où de douleur, dépendant de la punition infligée, sont retirés, ainsi que certaines phrases encourageant le joueur à continuer (ou arrêter).  Et c’est là toute la mécanique de gameplay qui perd de son intérêt. Super.

Parfois intrusive, parfois discrète, subtile, la censure se manifeste sous différentes formes

Et quand la censure dénature l’essence même du jeu, il faut aussi se rappeler que certains jeux ont eu moins de chance et se sont vu amputés de portions de gameplay, comme le mini-jeu sexy dans les thermes de Mugen Souls.

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Pour les curieux, voici en quoi il consistait :

Dans les thermes (sorte de bain public), les héroines sont habillés de sous vêtements assez moulants qui laissent apparaitre les contours de leurs lèvres inférieures. Le joueur peut s’amuser à insérer des corps étrangers (bananes/glaces) dans certains parties en cliquant dessus afin de faire réagir la personne en question. Il faut noter que ni l’orifice, ni l’acte d’insertion, ne sont modélisés, tout est couvert et suggéré.

En fonction de l’objet utilisé,  la « victime » émettra différents type de bruits et gratifiera le héros de différentes phrases à connotation sexuelle. Ce mini-jeu n’est présent dans la version japonaise de Mugen Souls après que NISA l’ait retiré en amont de la certification, probablement afin d’éviter au jeu de se retrouver banni.

Agarest y'a bon la bananeIl faut aussi noter que la série Agarest est connue pour ce genre de fan-service avec  »des objets phalliques de substitution » (banane, glace etc…) mais curieusement, le titre n’a écopé que d’un rating T pour Teen et 16 ans et plus en Europe. Le fait qu’Agarest montre des images fixes et n’en ait pas fait un mini-jeu (exemple ci-contre) a probablement fait la différence.

Bien souvent, la censure se fait plus subtile et pernicieuse. Comme par exemple, dans Bravely Default, certains bouts de tissus sont rajoutés ça et là, pour un peu plus couvrir les héroines et leurs âges ont tous été rehaussés à 18 ans.  Une pratique assez courante chez les éditeurs occidentaux et une des formes de censure les plus difficiles à détecter. On s’en accommoderait presque. Presque.

Et ça continue, encore et toujours.

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Un exemple tout récent nous vient de Dungeon Travelers 2, un titre à paraitre sur PSVita. Bien que le jeu original soit un eroge et contienne donc des scènes à caractère pornographique, la mouture Vita, comme tout jeu console, est une version tout public (sans ledit contenu pornographique donc). Cependant, cela n’a pas empêché Atlus U.S.A de vouloir changer quatre images au sein du jeu.

Après avoir rapidement parcouru les CG (images)- du jeu en question, il est difficile de savoir ce qui porte atteinte aux mœurs occidentales selon l’éditeur, mais il s’agit probablement, encore et toujours, la nudité qui doit coincer, comme souvent avec nos amis américains. Du moins, la nudité de personnages à l’apparence mineure pour être plus précis. La loli sexualisée dérange toujours. Pourtant, elle n’existe pas, et n’a pas d’âge mais d’aucuns semblent incapable de faire la différence entre le virtuel et le réel. Bref, un autre débat pour un autre jour.

Deux poids, deux mesures.

Il est assez intéressant de constater que ce puritanisme ne s’applique pas toujours de la même façon, aux mêmes jeux. God Of War 3, par exemple, contient de la nudité (poitrine exposées) et même certaines QTE qui demandent au joueur de presser certains boutons pour faire progresser une scène d’amour entre le héros et deux femmes. La caméra tourne le regard mais les bruits, eux, sont bien là et le dialogue est loin d’être chaste. Mais là, ça rentre comme dans du beurre, comme Kratos dans Aphrodite.

Autre exemple, on se rappellera, ou pas, des différents organes génitaux (masculins) visibles dans GTA IV (dans le DLC The Lost and Damned) ou The Order 1886 sans que cela ait véritablement posé problème à qui que ce soit. Fait amusant, ces deux jeux sont censurés au Japon, pour les mêmes raisons. Cocasse, non ?

On ne compte plus non plus les jolies paires de seins affichées triss-merigolddans la série The Witcher, l’ami Geralt étant un avide consommateur de la bonne chair et ne dit jamais non à une partie de jambe en l’air avec la jolie rousse (Triss, ci-contre), et on le comprend !

Bref, il est dommage de voir que les règles ne sont pas les mêmes pour tout le monde.

 

Le contre-argument en faveur de la censure :  »Pas le choix »

D’aucuns diraient, et il est difficile de leur donner tort, que cette censure est un mal nécessaire et une condition sine qua non pour avoir le jeu dans nos contrées.

Il est vrai que sans certaines modifications, le jeu pourrait se retrouver interdit à la vente où écoper d’un rating AO (Adult Only, sans équivalent du côté PEGI) ce qui limiterait fortement la vente libre vu que les productions adultes sont souvent vendues après contrôle de l’âge où conservées dans l’arrière-salle. Autant dire que ces conditions n’aident pas à faire d’un jeu un succès commercial et qu’aucun éditeur n’est prêt à prendre ce genre de risque. Ce serait se tirer une balle dans le pied et d’un point de vue business, ce n’est pas viable.

Conclusion

Pour autant, faut-il accepter ce genre de modifications ? Après tout, serait-ce acceptable d’avoir des films censurés, des livres censurés ? Le jeu vidéo n’est-il pas une forme d’art au même titre que les exemples cités ci-dessus ? Pourquoi faire preuve d’autant de réserves à l’égard du jeu vidéo ? Des livres comme American Psycho, The Road (lisez-les, et vous comprendrez pourquoi) sont bien en vente libre dans plusieurs pays européens malgré leur contenu très adulte, on ne compte plus non plus les films avec de la nudité (parfois infantile, Lolita de Kubrick), les séries qui regorgent de scènes explicites. Le langage grossier, l’exploitation visuelle de la femme en tant qu’objet, les sous-entendus tendancieux, les connotations sexuelles évidentes, ont été inventées bien avant le premier jeu vidéo et fleurissent dans le paysage audiovisuel mondial. Pourquoi limiter leur intégration dans un jeu vidéo ?

Il est dommage de voir que le jeu vidéo, à cause de son jeune âge, semble être sujet à une rigueur qui n’est plus appliquée aux autres. Vient-on censurer les tableaux de la révolution française dans les musées visités par des gens de tous âges ? Non, alors laissez mes jeux en paix, merci.

/end rant

Noire-Plutia-Neptune qui se lavent

Premier jet ( ͡° ͜ʖ ͡°)

Si tu lis ceci, cela veut dire que tu viens d’entrer sur les terres de la Quiche. Fuis, pauvre fou où tu sera perdu à tout jamais.

Avertissement : Haute teneur en poneys, références obscures au speed metal des années 80, fan-service et autres représentations non-réalistes du corps féminin à travers les ages. A déconseiller aux puritains, moralistes, censeurs et autres coincés du bulbe. A ceux-ci, merci de prendre la première DeLorean en partance de l’année 1740, et d’y laisser là vos mœurs d’un autre temps, merci.